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POLLINISATION DU FRAISIER

La pollinisation du fraisier sous abri peut s'avérer délicate.Il est donc important pour le producteur de s'intéresser autant à la culture qu'aux abeilles durant la floraison, tout cela au profit d'une production de qualité.

Comment se passe la pollinisation de la fleur de fraisier

Biologie florale

Les fleurs de fraisiers présentent 5 sépalules et 5 sépales (calise) 5 pétales (corolle) ainsi que de nombreux carpelles contenant chacun un seul ovule. Le sommet du pédoncule floral bombé sur lequel sont implantées les pièces florales grossit après fécondation pour donner le faux fruit charnu qu'est la fraise. Les véritables fruits, appelés à tort graines, sont les akènes disposées dans les alvéoles plus ou moins profondes.
La déhiscence des anthères s'effectue après l'ouverture de la fleur. Les stigmates sont réceptifs avant que le pollen de la même fleur ne soit disponible, ce qui favorise la pollinisation croisée. Cette réceptivité dure environ sept jours, mais peut fortement varier selon les conditions de culture.

Nouaison et fécondation

Si on enlève les étamines d'un bouton floral de fraisier et qu'on l'isole de tout apport de pollen de l'extérieur, le réceptacle ne grossit pas et le fruit se dessèche. En effet pour que le réceptacle grossisse et forme la fraise, il doit recevoir les régulateurs de croissance émis par les ovules fécondés. Pour un grossissement régulier il faut que de nombreux ovules, réguIiérement répartis soient fécondés. Si seuls quelques uns d'entre eux l'ont été, il n'y a grossissement que des parties du réceptacle situées à proximité, d'où la production de fruits déformés non commercialisables. L'apport d'auxines de synthèse pour remédier aux accidents de fécondations n'est pas utilsable dans la pratique car, si on connait des formulations efficaces, il est difficile de les répartir régulièrement à la surface du réceptacle et leur apport doit être renouvelé au cours du grossissement du fruit. Ainsi pour obtenir une fraise présentant un déve loppement maximum et une formation parfaite, il faut que tous les carpelles de la fleur soient fécondés.

Les causes d'une mauvaise pollinisation

Les causes d'une mauvaise pollinisation peuvent être de trois ordres:

  • Absence ou insuffisance d'agents pollinisateurs (ce point sera développé plus loin)
  • Stérilité femelle (rare dans le cas du fraisier)
  • insuffisance de pollen viable: C'est une cause fréquente de mauvaise pollinisation, souvent méconnue des agriculteurs. Des altérations staminiques se pro-duisent sous l'action de plusieurs facteurs qui ne sont pas tous bien connus dans le cas du fraisier.
Entre autre:

  • La température à la floraison : les températures basses (inférieures à 12°> ou élevées (plus de 35°) sont défavorables à la production de pollen de bonne qualité germinative, particulièrement au stade des très jeunes boutons (2-3 mm).
  • La lumière : un problème par temps couvert ou pluvieux, lorsque la luminosité est trop faible, le pollen est de mauvaise qualité. Qui plus est, les températures froides à la floraison seront d'autant plus graves que la luminosité sera faible.
  • L'alimentation : le calcium et le manganèse agissent sur la qualité des étamines. Le manque de bore peut faire avorter les pistils. Ces éléments peu-vent manquer dans le sol ou n'être que peu dispo-nibles, ils peuvent aussi être rendus inutilisables suite à de mauvaises pratiques culturales: I' excès de fertili-sation potassique bloque le bore, des engrais le soir dans le goutte à goutte empêchent momentanément le calcium de monter dans la plante...
  • L'état du plant Si le plant est chétif OU Si les racines sont asphyxiées ou Si les radicelles sont détruites par des nématodes, le plant se nourrit mal
  • La levée de dormance Lorsque les plants de fraisiers n'ont pas subi une durée suffisante de tem-pératures basses, les étamines sont partiellement avortées.
  • L'hygrométrie il est possible que l'hygrométrie joue un rôle, tant dans la viabilité du pollen que dans Sa dissêmination par les insectes.
  • Les produits de traitement Certains, même non dangereux pour les insectes, peuvent détériorer le pollen ou empêcher sa bonne germination En particulier, certains fongicides ont un effet néfaste sur la viabilité des pollens.
  • Certaines maladies du feuillage sévissent aussi sur les fleurs. Le Botrytis sur fleurs peut provo-quer des malformations. L'oïdium s'installe volontiers sur étamine.
L'un des travaux du producteur sera donc de veiller à ce que le moins d'accideryls possibles arri-vent au moment de la fécondation, en favorisant la production d'une abondance de pollen viable.

Abeilles et pollinisation

L'abeille domestique est un insecte bien adapté à la pollinisation de la fraise. Pour assurer la pollinisation de la fraise, plusieurs passages de l'insecte sont néoessaires pour obtenir un fruit convenable, la pollini-sation de tous les pistils étant nécessaire à la formation régulière du fruit. Au vu des expériences actuelles, il semble que le bourdon a un comportement de butinage qui contribue à une malformation du fruit

L'utilisation de ruches nécessite une attention toute particulière. Il est nécessaire pour une pollinisation optimale de veiller à la bonne santé de la colonie d'abeilles. En serre précoce, les abeilles n'ont à leur disposition qu'une faible quantité de nourriture Les colonies peuvent s'affaiblir rapidement, c'est pourquoi il est conseillé aux producteurs de ne pas les y laisser plus de quatre semaines, spécialement dans le cas de pollinisation avec ruchettes. Malgré toutes les pré-cautions prises, la serre reste un milieu hostile au développement de la colonie.

Le fraisier constitue une faible source nutritive. La production de nectar de fleurs de fraisiers est plutôt faible. Une fleur peut libérer chaque jour 0,6 à 0,8 mg de nectar. Il faut visiter 30 fleurs pour recueillir un demi microlitre. En outre la teneur en sucre est plutôt faible, 18 à 25%. Du fait de sa faible production et de Sa faible concentration en sucres, le nectar ne constitue pas une source d'alimentation suffisante pour les abeilles. Par contre la bonne qualité nutritive du pollen compense oe handicap. Si la ruche dispose de bonnes provisions, elle trouvera des ressources pour l'élevage.

Conseils techniques

Du fait du confinement des abeilles, il est vital pour les colonies de respecter un certain nombre de recom-mandations Placer la colonie "à cheval sur la paroi de la serre ou utiliser une ruchette à double entrée ainsi les butineuses ont accès directement aux fleurs de fraisiers mais également aux fleurs extérieures à la serre. Pour récupérer les buti-neuses qui se perdent dans la serre il conviendra de mettre les ruches à l'ouest. Un repérage de couleur à proximité de la mche n'est jamais inutile.

Le serriste devra particulièrement éviter les pièges à abeilles que constituent les replis du plastique. Des sorties (perforations de quelques centimètres dans le plastique) seront aménagées là où les abeilles s'agglutinent

La colonie devra être vigoureuse (1jeune reine) en évitant les populations à forte densité d'ouvrières âgées. Ces dernières ont plus de difficultés à s'adapter à de nouveaux milieux. Une mortalité de départ (abeilles volant contre les parois et ne se retrouvant pas) n'est pas inquiétante, mais elle doit devenir très faible dés le troisième jour.

La présence de couvain ouvert dans les colonies est stimulante pour la recherche de nourriture. Il semble obligatoire de stimuler les colonies afin d'obtenir de jeunes abeilles on sortie d'hivernage. Ainsi la ponte débute, ce qui entraîne l'augmentation du couvain et l'accélération de l'activité. La stimulation doit intervenir trois semaines au moins avant le moment d'utilisation de la colonie.

Il s'en suit donc qu'une bonne pollinisation ne s'improvise pas, que le producteur doit prévoir et réserver les colonies dont il pense avoir besoin et que l'apiculteur doit préparer ses ruches on conséquence. Les traitements dangereux pour les abeilles doivent être proscrits. Certains fongicides sont dangereux pour la viabilité du pollen que oe soit avant ou après déhis-cence. Les traitements doivent donc être raisonnes. La chute de la corolle est le signe d'une bonne pollinisation. Les pétales blancs attirent les insectes, quand la fleur a été suffisamment fécondée, ils se détachent et tombent. Si la corolle lâche rapidement, cela indique une bonne pollinisation.


CONDITIONS D'UNE BONNE FECONDATION DU FRAISIER

fleur avec etamines Pour que la fécondation des ovules présents dans les nombreux carpelles situés sur le réceptacle floral renflé de la fleur de fraisier soit bonne il faut qu'il y ait suffisamment d'abeilles pollinisatrices pour assurer le transport du pollen depuis les étamines où il est produit jusqu'aux nombreux stigmates de la fleur. D'autre part ce pollen doit être de bonne qualité ('viable, germant et fécondant) et en quantité suffisante. Enfin, il faut qu'il n'y ait pas de stérilité femelle et que ces organes femelles soient réceptifs (Cf. voir plus haut). Or de nombreux facteurs culturaux ou climatiques peuvent contrarier cette bonne fécondation nécessaire à l'obtention de fruits de qualité bien formés.

LES FACTEURS CLIMATIQUES

La température

  • Le froid
Pour les plants de fraisiers avant couverture

Le froid est nécessaire l'automne et l'hiver précédant la production pour lever la dormance des plants de fraisier. On appelle "froid", les températures inférieures à 8°C mesurées au niveau du plant. La quantité de "froid" s'exprime en heures, et les besoins en froid varient selon les variétés (600 h pour Favette, plus de 1000 h pour Belrubi ou Redgauntlet). On pourrait les estimer à 800 h pour Pajaro, variété très présente dans la région.
Une mauvaise levée de la dormance entraîne, au printemps, des plants dont les pétioles et les hampes florales restent courts, les fleurs de petite taille, les étamines plus ou moins avortées et la qualité du pollen très insuffisante. Mais trop de froid favorise la production de stolons et interrompt l'initiation florale.

Pour les plants de fraisiers après couverture

Il faut éviter les températures négatives au niveau du végétal qui dégradent les organes floraux. La durée du froid importe (les gros problèmes apparaissent après 3 jours) de même que son intensité.
Les températures diurnes comprises entre 1O et 12°C ont au stade "bouton vert" (2-3 mm), un effet négatif sur la quantité de pollen produite et, au stade "floraison" un effet négatif sur la germination de ce pollen et la réceptivité du stigmate.
En dessous de 8°C, le fraisier ne pousse pas et donc l'incidence sur les fleurs est faible. A partir de 1O°C, la hampe florale s'allonge et la proportion de fleurs touchées est plus importante (A 10°C le pourcentage de germination du pollen est de 8%).

  • Les températures élevées
Le risque majeur qu'elles entraînent est la dessiccation du pollen mais ce risque varie selon les variétés. A 35°C, le pourcentage de germination du pollen est de 3 % pour la variété "Valeta" et 47 % pour la variété "Belrubi".

La lumière

Il est nécessaire d'assurer la meilleure luminosité possible a l'intérieur des tunnels ou des serres sachant que, pendant les jours courts, un temps couvert et pluvieux est a l'origine d'un pollen de moins bonne qualité. Une bonne luminosité favorise aussi l'activité pollinisatrice des abeilles.

L'hygrométrie

Une humidité excessive nuit également a la bonne qualité du pollen. Il faut donc veiller a une bonne aération de la serre en ouvrant dès le matin.

INCIDENCE DE L'ABSENCE D'ETAMINES SUR DES FLEURS DE PAJARO

fleur sans etamines En 1995, en observant des fraisiers appartenant à la variété 'Pajaro" cultivés sous tunnel plastique, au tout début de culture, on a pu noter un nombre important de fleurs dépourvues d'étamines ou avec des étamines de très petite taille. 1O fleurs avec étamines et 30 fleurs sans étamines ont été étiquetées (3 mars 1995) et suivies jusqu'à la récolte (~ avril 1995).
Sur les fleurs avec étamines, on constate que toutes les fleurs ont donné un fruit et que 78 % d'entre elles ont donné une fraise de 1er choix.
Sur les fleurs sans étamines, on constate que 40 % d'entre elles se sont desséchées sans donner de fruits, 23,3 % ont donné une fraise non commercialisable (déchet) et les 36,7 % restant sont constitués de fraises plus ou moins déformées appartenant au second choix. Sur ces 30 fleurs, aucune n'a donné un fruit de 1" choix.

COMPORTEMENT DE BUTINAGE

Lors de le l'observation des fleurs de fraisiers le 03/03/95, l'activité de la colonie d'abeilles présente dans le tunnel était faible et on a pu voir aucune abeille en cours de butinage, ce qui peut s'expliquer par la faible quantité de pollen disponible.
Des observations réalisées sur le même site le 22 mars par très beau temps ont montré une belle activité de la colonie et un taux de butinage instantané moyen à 14h15 de 2,8 abeilles pour 100 fleurs. Chaque abeille explorait consciencieusement le secteur où elle se trouvait passant de fleur en fleur. Chacune d'elles était porteuse de pelotes de pollen de fraisiers (couleur vert kaki sombre). La durée moyenne (le butinage était de 9,2 secondes par fleur (10 abeilles suivies). Dans ce cas théoriquement, toutes les fleurs sont visitées une fois en dix minutes.

Il n'a pas été possible de prélever de nectar sur les différentes fleurs observées alors qu'on trouve dans la littérature des productions de 0,6 à 0,8 mg de nectar par fleur (on ne sait pas de quelle variété il s'agit). Cette quantité est cependant très faible et la quête de pollen suffit peut être à attirer sur ces fleurs, un contingent d'abeilles nécessaires à la pollinisation de cette culture. Encore faut-il que le pollen véhiculé soit de bonne qualité.

La première semaine de récolte a comporté un fort taux de fraises déformées ou absentes. Les fleurs suivantes, dont les étamines étaient normales ont donné des fruits de qualité régulière.

Rédactrice: Joelle Vilain,Paul Bonnaffé
Fiche réalisée en collaboration avec la station INRA Avignon.

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